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12 à 18 centimes de moins à la pompe, vraiment? Pourquoi le gouvernement assure que la libération des stocks va faire chuter les prix du diesel (alors qu'en mars ça n'avait pas marché)

📅 09/10/2026 à 00:00 🔗 www.bfmtv.com
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Le gouvernement promet une baisse de 12 à 18 centimes du litre de gazole grâce à la libération de 10 millions de barils issus des réserves stratégiques françaises. Mais comment cette opération va-t-elle fonctionner? Quand les automobilistes en profiteront-ils? Et cette baisse est-elle vraiment garantie? Décryptage. La France a annoncé mercredi mettre à disposition 10 millions de barils de gazole issus de ses stocks stratégiques afin de diminuer de 12 à 18 centimes le prix du litre à la pompe pendant trois mois. Une opération menée dans le cadre d'un accord international, qui repose sur la vente aux distributeurs de carburant acheté bien avant la flambée des cours. Mais plusieurs questions restent en suspens, notamment sur la répercussion effective de cette baisse et sur le coût de reconstitution des réserves. • Quelle est la part de gazole libérée? Le stock stratégique de diesel en France est constitué de "50 millions de baril", a expliqué la ministre de l'Énergie Maud Bregeon jeudi matin sur France Info. Il représente environ la moitié des stocks totaux de produits pétroliers. La libération annoncée est donc d'environ 20% des stocks de gazole et 10% des stocks totaux. Mais ces 10 millions de barils représentent aussi une part importante de la consommation française. Selon le gouvernement, la France consomme environ 54 millions de barils de gazole sur trois mois. Les volumes libérés correspondent donc à 18,5% de cette consommation, soit près d'un litre sur cinq. Un baril contenant environ 159 litres, les réserves mobilisées représentent 1,59 milliard de litres de gazole. C'est l'équivalent de près de 17 jours de consommation nationale. Mais ces volumes ne seront pas injectés d'un seul coup: ils doivent être répartis sur trois mois, ce qui représente, en moyenne, environ 17 millions de litres par jour. En mars, l'annonce de la libération de 400 millions de barils de pétrole par l'Agence internationale de l'énergie (AIE) correspondait à un déstockage de 14,5 millions de barils pour la France. "Mais il y a eu moins de stocks libérés (par la France) que l'objectif initialement posé sur la table", a indiqué Maud Bregeon jeudi. Les volumes effectivement débloqués avaient été très inférieurs aux annonces. Lors de son audition au Sénat le 28 avril dernier, Maud Bregeon avait reconnu que seuls 1,7 million de barils avaient été libérés sur les 14,5 millions initialement annoncés en mars, soit à peine 12% du total. La ministre avait expliqué que les réserves avaient été mobilisées ponctuellement pour répondre à des difficultés d'approvisionnement, notamment pendant le week-end de Pâques. Résultat: le gazole avait continué de grimper passant alors de 2,02 euros à 2,31 euros en moins d'un mois. Les 10 millions annoncés représentent donc "bien davantage de volume que ce que nous avons fait" en mars, a-t-elle ajouté. Cette nouvelle opération s'inscrit également dans une initiative internationale. Le 2 octobre, les dirigeants du G7 se sont accordés sur une mobilisation coordonnée de 100 millions de barils de pétrole et de produits raffinés. Les 10 millions de barils français représentent donc 10% de cette opération. Contrairement aux volumes internationaux, qui comprennent notamment du pétrole brut, la contribution française annoncée porte exclusivement sur du gazole déjà raffiné. Pourquoi ne pas débloquer davantage de réserves pour faire baisser encore les prix? "Ces stocks sont faits pour faire de la sécurité d'approvisionnement, pas forcément pour maîtriser les prix", rappelle Nicolas Goldberg. L'expert souligne que leur libération doit aussi permettre de rassurer les marchés face aux risques de pénurie. "C'est une manière aussi de rassurer, d'effacer les primes de risque. Et ça, ça peut jouer à la baisse." • Quelles sont les modalités de libération des stocks? Sébastien Lecornu a annoncé la signature prochaine d'un décret "permettant cette opération prévue pour durer 3 mois". Le gouvernement précise que le dispositif doit couvrir les mois de novembre, décembre et janvier. Il ne s'agit donc pas de libérer les 10 millions de barils immédiatement, mais de les mettre progressivement sur le marché. Une réunion est en vue avec les distributeurs dans les prochains jours pour en déterminer les modalités. La mise à disposition des stocks de la Société anonyme de gestion des stocks de sécurité (Sagess) s'effectue habituellement sous forme de prêt. "Il ne s'agit pas de ventes", indiquait son PDG à l'Assemblée nationale en avril. "En cas de crise, ces stocks sont rendus disponibles au profit des distributeurs (...) sous forme de prêt avec une obligation de restitution sous un mois", ajoutait-il. Mais "il est aussi possible de demander à la Sagess de procéder à la vente de ses stocks, et dans ce cas cela peut se faire au coût moyen pondéré d'acquisition, qui est très faible car les stocks sont anciens", explique de son côté le cabinet de la ministre de l'Énergie à l'AFP. Un délai d'un an, plutôt qu'un mois, est aussi envisagé par le gouvernement pour reconstituer les stocks. La question de leur reconstitution n'est pas anodine. Le gazole mobilisé a été acheté avant la crise, à des prix très inférieurs aux cours actuels. Si les réserves doivent être reconstituées alors que les prix restent élevés, leur remplacement pourrait coûter beaucoup plus cher que leur valeur comptable actuelle. "Ces stocks, il faudra les reconstituer à un moment", prévient Nicolas Goldberg. L'expert rappelle que les pays concernés sont tenus de disposer de réserves correspondant à 90 jours d'approvisionnement. Une obligation qui explique pourquoi les stocks stratégiques ne peuvent pas être utilisés indéfiniment pour contenir les prix. • Comment le gouvernement calcule-t-il la baisse de 12 à 18 centimes? C'est le principal mécanisme de l'opération. Les 10 millions de barils prochainement libérés sont valorisés à environ 0,28 euro par litre dans les réserves stratégiques, bien moins que le prix du marché actuel, qui s'établit autour de 1,10 euro par litre, hors distribution et taxes, indique le gouvernement. L'écart atteint donc 82 centimes par litre. Mais le gazole libéré ne représente que 18,5% de la consommation française sur trois mois. En répartissant cet avantage sur l'ensemble du gazole consommé pendant la période, le calcul donne 82 centimes multipliés par 18,5%, soit 15,2 centimes d'économie moyenne par litre hors TVA. En ajoutant la TVA de 20%, on obtient une baisse théorique d'environ 18,2 centimes par litre à la pompe. Ce calcul permet de retrouver la borne haute de la promesse gouvernementale. Il suppose toutefois que l'avantage procuré par les stocks stratégiques soit intégralement répercuté aux automobilistes. La borne basse de 12 centimes pourrait notamment correspondre à une transmission moins complète de cette économie. Un calcul que Nicolas Goldberg, expert en énergie, se garde bien de valider. "Je ne saurais pas justifier un chiffre, et encore moins un chiffre de 12 à 18 centimes de baisse", explique-t-il à BFM Business. Car si l'arrivée de volumes supplémentaires peut peser sur les prix, leur répercussion à la pompe reste incertaine. "Comment les marchés vont réagir? Comment est-ce que les opérateurs vont répercuter ça dans leurs prix? Combien de temps est-ce que ça va durer? Tout ça est très incertain." • Quelle conséquence pour les prix? "L'objectif, c'est d'arriver à avoir une baisse entre 12 et 18 centimes qui se répercute les semaines à venir au prix à la pompe", a expliqué Maud Bregeon jeudi matin. Jeudi, le prix moyen du gazole était à un peu plus de 2,35 euros le litre, selon un calcul de l'AFP basé sur les remontées de plus de 9.000 stations. Si la baisse annoncée était intégralement répercutée, le prix moyen pourrait théoriquement descendre entre 2,17 et 2,23 euros le litre, à conditions de marché inchangées. Pour un achat de 50 litres de diesel, la baisse prévue par le gouvernement représenterait donc entre 6 et 9 euros d'économie. Mais les automobilistes qui font leur plein dans une station Totalenergies ne bénéficieront pas nécessairement de la même réduction. Le groupe plafonne déjà le gazole à 2,25 euros le litre dans ses stations. Si le prix normal du gazole dans une station est de 2,40 euros, ce plafonnement représente une réduction de 15 centimes. Une baisse de 18 centimes du prix normal ramènerait alors celui-ci à 2,22 euros: le client ne gagnerait que trois centimes par rapport aux 2,25 euros qu'il payait auparavant. À moins que Total baisse son plafond de 2,25 euros avec cette arrivée de nouveaux stocks. Jointe par BFM Business, la compagnie pétrolière assure ne "pas pouvoir répondre à ce stade" et attend la réunion à Bercy avec les distributeurs avant d'éventuellement s'engager sur une nouvelle offre commerciale. Tout dépendra donc des modalités retenues avec les distributeurs et des engagements de répercussion de l'avantage obtenu grâce aux réserves stratégiques. Le gouvernement affirme que les principaux distributeurs, représentant environ 60% du marché, se sont engagés à répercuter intégralement la baisse de leur coût d'approvisionnement. La mesure annoncée par le gouvernement concerne aussi le gazole non routier (GNR) utilisé par les agriculteurs, les pêcheurs ou le BTP. Mais l'essence, à près de 2,15 euros le litre de SP95-E10 jeudi, selon les calculs de l'AFP, n'est pas concernée. "C'est sur le diesel que les prix sont le plus élevés", a justifié Maud Bregeon sur France Info, ajoutant que "les principales tensions à l'échelle internationale, et notamment sur le raffinage, sont sur le diesel". Cette différence s'explique notamment par les tensions sur les capacités de raffinage. Même lorsque le pétrole brut devient moins cher, le gazole peut rester très coûteux si les raffineries ne parviennent pas à produire suffisamment de carburant pour répondre à la demande. • Quand la baisse sera-t-elle visible à la pompe? Le gouvernement prévoit une mise à disposition des stocks sur trois mois, de novembre à janvier. Mais cela ne signifie pas que toutes les stations-service afficheront immédiatement une baisse de 12 à 18 centimes au début de novembre. Il faut d'abord organiser la distribution des volumes, puis s'assurer que l'économie réalisée sur les approvisionnements est répercutée sur les prix de vente. Pour éviter que les distributeurs ne conservent une partie de cet avantage, le gouvernement promet des contrôles renforcés. Le ministre du Commerce Serge Papin a annoncé une vérification hebdomadaire de la transmission de la baisse aux consommateurs. La mesure reste par ailleurs temporaire. Au terme des trois mois, les distributeurs devront retrouver leurs approvisionnements habituels. Si les cours internationaux du gazole restent élevés, les prix à la pompe pourraient donc repartir à la hausse. • Y a-t-il des risques de rupture d'approvisionnement? "Nous avons un stock stratégique suffisamment important" pour que les stocks libérés "n'impacte(nt) pas notre sécurité d'approvisionnement", a indiqué Maud Bregeon jeudi matin. Des volumes ont été "sécurisés" auprès de l'Irak ou du Canada, a précisé la ministre. Une mission visant à rechercher auprès des "partenaires internationaux" des "marges de manœuvre supplémentaires pour sécuriser nos approvisionnements énergétiques" a aussi été confiée jeudi par le Premier ministre à Nicolas Forissier, ministre chargé du Commerce extérieur, pour une durée de trois mois. "Il s'agit d'anticiper sur la reconstruction" des stocks libérés, a indiqué le ministre jeudi. L'objectif est de mobiliser des volumes supplémentaires et de diversifier les sources d'approvisionnement, notamment en gazole, en carburant aérien et en gaz, selon son cabinet. Des pistes ont été identifiées dans le Golfe et au Nigeria. Reste une inconnue : l'évolution du conflit au Moyen-Orient et des cours pétroliers. La libération des réserves stratégiques peut alléger temporairement la facture des automobilistes, mais elle ne supprime ni les tensions sur les capacités mondiales de raffinage ni la dépendance française aux importations de produits pétroliers. Sujets liés : Energie Conso