← Retour aux articles

Des cargaisons annulées à la dernière minute, Pékin qui n'autorise plus les exportations de carburants... La Chine ferme brutalement le robinet, le pétrole repasse au-dessus des 100 dollars

📅 02/10/2026 à 00:00 🔗 www.bfmtv.com
🔗 Voir l'article original

📊 Secteurs

Finance Énergie Services publics

📄 Contenu

Alors que le marché mondial manque déjà de gazole et d'essence, la Chine suspend à son tour ses exportations de carburants pour octobre afin de reconstituer ses stocks. Une décision qui remet de la pression sur les cours du pétrole, malgré le retour progressif des exportations de brut du Moyen-Orient. Chaque jour son lot de mauvaises nouvelles sur le marché pétrolier. En particulier sur les produits raffinés comme l'essence et le gazole. Les cours du brut sont ainsi repartis à la hausse ce jeudi après des informations de Reuters selon lesquelles les raffineurs chinois ont suspendu leurs exportations de carburants pour le mois d'octobre. Le Brent, qui est la référence européenne, gagnait 1,8% à 99,81 dollars le baril en début de séance, tandis que le WTI américain progressait de 0,5% à 90,87 dollars. Dans l'après-midi, le Brent accélérait encore et repassait au-dessus des 100 dollars. Le marché a désormais le regard tourné vers Pékin qui semble vouloir privilégier ses propres stocks de carburants au détriment du marché mondial. Selon quatre sources citées par Reuters, les grands raffineurs chinois n'ont pas reçu l'autorisation d'exporter en octobre de l'essence, du gazole ou du carburant aérien vers d'autres destinations que Hong Kong et Macao. PetroChina, le géant pétrolier public chinois, a notamment annulé plusieurs cargaisons d'essence et de kérosène qui devaient partir en octobre et qui avaient, pour la plupart, été commercialisées au cours des deux dernières semaines. La suspension pourrait n'être que temporaire. La Chine est entrée jeudi dans une semaine de congés et Pékin pourrait de nouveau autoriser les exportations après le 7 octobre. Mais cette décision dépendra du niveau des stocks de carburants dans le pays et de la production des raffineries. Il manque 20 millions de barils de gazole dans les stocks chinois Car malgré ses gigantesques capacités de raffinage, la Chine veut d'abord sécuriser son marché intérieur. Pékin conditionnerait désormais la reprise des exportations au retour des stocks à leurs niveaux d'avant-guerre. Pour aller plus loin -> Les exportations de pétrole du Moyen-Orient sont au plus haut depuis le début de la guerre: pourquoi les cours continuent de grimper alors que l'offre de brut augmente On en est encore loin. Selon Kpler, les stocks commerciaux chinois de gazole et de diesel sont actuellement inférieurs d'environ 20 millions de barils au niveau permettant de reprendre normalement les exportations. Pour l'essence, le manque atteint environ 9 millions de barils. "Cela montre que la priorité du gouvernement reste la sécurité de l'approvisionnement intérieur. Les marchés internationaux passent au second plan", explique à Reuters Michal Meidan, la responsable des recherches sur l'énergie chinoise à l'Oxford Institute for Energy Studies. La décision chinoise tombe particulièrement mal pour un marché mondial des carburants déjà très tendu. La guerre contre l'Iran a amputé une partie des exportations de produits raffinés du Moyen-Orient, tandis que les frappes ukrainiennes contre les raffineries russes réduisent également les disponibilités. Les États-Unis s'inquiètent suffisamment de la situation pour mettre la pression sur leurs partenaires. Selon Reuters, l'administration Trump a demandé à la France et à l'Allemagne de puiser dans leurs stocks d'urgence de gazole afin de contribuer à faire baisser les prix, sous peine de voir Washington envisager à son tour de limiter ses exportations de diesel. Le brut revient, mais les carburants manquent toujours La situation est d'autant plus particulière que l'approvisionnement mondial en pétrole brut commence, lui, à s'améliorer. Selon la banque UOB, citée par CNBC, les flux de brut en provenance du Moyen-Orient se rapprochent désormais de leurs niveaux d'avant-guerre . Ils seraient remontés à environ 83% de leur niveau du mois de février. L'Arabie saoudite a notamment repris les chargements de pétroliers depuis le port de Yanbu, sur la mer Rouge, après avoir remis en service son oléoduc Est-Ouest. Cette infrastructure permet d'acheminer du pétrole des champs de l'est du royaume jusqu'à la mer Rouge en contournant le détroit d'Ormuz, toujours bloqué par l'Iran. Même si l'oléoduc ne fonctionne pas encore à pleine capacité, sa remise en service a permis de soulager une partie des inquiétudes concernant l'approvisionnement en brut. Mais remettre du pétrole brut sur le marché ne suffit pas. Il faut encore le transformer en essence, gazole ou kérosène. Et c'est désormais là que se situent les tensions. "Les flux de pétrole brut en provenance du Moyen-Orient approchent des niveaux d'avant-guerre, mais les approvisionnements en carburants, notamment en essence, restent à la traîne", souligne UOB. La décision chinoise risque d'accentuer ce décalage. En septembre, la Chine avait encore exporté environ 1,4 million de tonnes de gazole, 500.000 tonnes d'essence et au moins 2 millions de tonnes de carburant aérien, selon les estimations du marché citées par Reuters. Après avoir été dominée pendant des mois par la crainte d'une pénurie de pétrole brut, la tension se déplace donc de plus en plus vers les raffineries et les carburants. Et tant que la Chine n'aura pas reconstitué ses propres stocks, une partie de ses capacités de raffinage restera au service de son marché intérieur plutôt que du reste du monde. Sujets liés : Energie International