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Faire décoller un avion n'a jamais coûté aussi cher, le modèle économique des opérateurs à bas coûts peine à résister à cette nouvelle donne.
L'équation devient de plus en plus compliquée pour les compagnies aériennes low cost, violemment secouées par la flambée du prix du kérosène, leur principal poste de coût, liée à la guerre
au Moyen Orient
. Beaucoup de ces opérateurs sont ainsi pris en tenaille entre un modèle économique qui s'appuie sur des prix bas et des marges faibles, et le bond du carburant.
En Europe, tous les opérateurs ne sont pas logés à la même enseigne. Les filiales de compagnies historiques comme Vueling (IAG) ou encore Transavia (Air France) peuvent encore faire le dos rond, protégées par leurs maisons mères. Pour autant, les difficultés sont bien réelles : la rentabilité, "c'est quasi impossible", même avec "des taux de remplissage très importants", expliquait mi-septembre à l'AFP Olivier Mazzucchelli, directeur de Transavia.
Pour les "pure players", comme
Volotea
, la tension devient extrême. La compagnie espagnole, très présente en France notamment avec des vols intérieurs (7 millions de passagers en 2025, +7% en un an) et spécialiste des liaisons entre les villes moyennes européennes doit réduire la voilure. Et pas qu'un peu. Comme certaines de ses concurrentes, Volotea annule des vols, parfois tardivement, provoquant la colère de ses clients qui doivent chercher des alternatives en urgence.
Un impact de 150 millions d'euros pour Volotea
Selon les données du cabinet Cirium citées par
l'Echo Touristique
, plus de 10% de ses capacités pour son programme d'hiver, entre novembre et février, ont été supprimées. Selon
20 Minutes
, c'est à Bordeaux que l'on observe le plus grand nombre d'annulations, jusqu’à 35% sur un an. Si le transporteur assure informer ses clients en amont pour leur proposer un réacheminement ou un remboursement intégral, ces perturbations opérationnelles traduisent des tensions économiques bien réelles.
Volotea concède que "le secteur aérien continue d’évoluer dans un contexte complexe, marqué par l’instabilité géopolitique et opérationnelle ainsi que par le niveau élevé des prix du carburant". Selon un courrier interne de la direction envoyé aux salariés, "l'impact de la guerre pour cette année sera d’environ 150 millions d’euros, malgré les efforts de chacun et une couverture carburant correcte pour les premiers mois".
Dans le même temps, selon plusieurs médias espagnols, Volotea compte réduire sa flotte à quelque 30 à 35 avions, contre 44 actuellement, en misant sur des appareils plus capacitaires et ainsi améliorer le revenu par siège. Il s'agit également de se concentrer sur les liaisons les plus rentables. La compagnie cherche également à négocier une restructuration de sa dette à hauteur de 250-300 millions d'euros contractée pendant le Covid. Ces négociations pourraient aussi déboucher sur une montée en puissance de son actionnaire Aegan Airlines qui possède 20% du capital de la compagnie.
Ryanair, la plus grande compagnie low cost en Europe, a réduit début septembre son programme hivernal de vols. Son PDG Michael O'Leary a ensuite expliqué à la presse qu'avec de tels cours du pétrole, lui et ses concurrents allaient forcément augmenter leurs prix en 2027. Selon lui, une vague de faillites est à prévoir : "si le pétrole reste à ces niveaux, deux ou trois compagnies aériennes européennes pourraient faire faillite, comme Wizz Air (...) et Air Baltic. C'est une bonne chose pour notre activité, car il y aura moins de concurrents".
Des liaisons abandonnées qui ne sont pas reprises
Ailleurs dans le monde, la situation est la même. Aux États-Unis,
Spirit Airlines
, entreprise en difficulté depuis plusieurs années, a jeté l'éponge en mai dernier. Première compagnie directement victime de cette crise du kérosène cher, elle a laissé quelque 17.000 salariés sur le carreau. Preuve que le modèle économique du low cost ne fonctionne plus dans les conditions actuelles, quand Spirit Airlines a disparu, l'aéroport de Fort Lauderdale, en Floride près de Miami, connu pour ses vols à bas prix, a perdu des liaisons qu'aucun concurrent n'a souhaité reprendre.
La lettonne
Air Baltic
s'est placée sous la protection de la loi américaine sur les faillites ("Chapitre 11"). La compagnie avait tablé sur un kérosène à 685 dollars la tonne en 2026. Or, son prix, en Europe, dépasse aujourd'hui 1.500 dollars.
En Malaisie, des spéculations sur la viabilité d'AirAsia ont été alimentées par des informations de presse sur le mauvais état de ses finances. La direction assure que la compagnie va survivre à cette crise. En Inde, le gouvernement a renforcé sa surveillance des activités de SpiceJet, pour s'assurer que ses difficultés financières ne compromettaient pas la sécurité des vols.
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