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Fondée en 2014, la plateforme a brusquement fermé en avril, flouant des milliers de victimes pour un montant allant jusqu'à 83 millions d'euros.
Le Premier ministre polonais a dénoncé vendredi le "système" de corruption présumé organisé par la droite nationaliste et la principale plateforme d'échange de cryptomonnaies d'Europe centrale,
Zondacrypto, mise en sommeil en avril
. À la tête d'une coalition proeuropéenne allant du centre-gauche à la droite modérée, Donald Tusk a fustigé "un business sale et sinistre" impliquant les "principaux dirigeants du PiS", le parti nationaliste Droit et Justice au pouvoir entre 2015 et 2023, devenu première force d'opposition.
L'affaire est d'autant plus explosive que l'exécutif est entré l'an dernier en cohabitation avec Karol Nawrocki, un historien nationaliste élu président avec le soutien du PiS et qui depuis son élection a opposé son veto à une série de textes de loi destinés à réguler le marché des cryptomonnaies. Anciennement Bitbay, fondée en 2014, Zondacrypto a brusquement cessé ses activités en avril, et son site internet a été fermé, flouant des milliers de créanciers pour un préjudice estimé à 350 millions de zlotys (83 millions d'euros). Pour ajouter du sel à ce mauvais polar politico-financier, le fondateur et PDG de la plateforme, Sylwester Suszek, a disparu en 2022.
Quant à son successeur, Przemyslaw Kral, on le dit réfugié dans un pays du Golfe, ou en Israël, après avoir quitté Monaco. À en croire sa défense, la justice polonaise et lui ont en tout cas conclu un accord pour que, à la manière d'un repenti italien, il passe à table en échange du statut de témoin à charge qui lui garantit en cas de délit une sanction plus clémente.
"C'est le plus grand scandale de corruption politique de l'histoire de la République de Pologne", a prévenu son célèbre avocat, Roman Giertych, lui-même transfuge d'un mouvement nationaliste allié du PiS passé à la Coalition civique de M. Tusk.
'Argent russe'
Première figure de premier plan à tomber, le président du Comité olympique polonais (PKOl) a été arrêté jeudi, et déféré au parquet, menottes aux poignets, en criant au complot politique. Proche du PiS, Radoslaw Piesiewicz s'est vu notifier son inculpation pour, entre autres, trafic d'influence.
Selon des informations de presse, il se serait vu offrir par M. Kral - ce qu'il dément - une montre d'une valeur de 40.000 euros et aurait in fine récupéré... 100% de ses investissements dans Zondacrypto alors que la plateforme défaillait.
M. Piesiewicz avait signé au nom du PKOl un accord de sponsoring avec Zondacrypto en vertu duquel les sportifs bien classés aux Jeux olympiques d'hiver de Milan-Cortina devaient être récompensés avec de la cryptomonnaie. Or ces versements se sont avérés aléatoires. La grande majorité des fédérations sportives de Pologne appellent depuis avril, sans succès, à sa démission. Son interrogatoire s'est poursuivi vendredi devant les enquêteurs à Katowice (sud).
Outre Radoslaw Piesiewicz, plusieurs responsables de la droite nationaliste sont mis en cause dans l'affaire Zondacrypto: l'ancien ministre de la Justice Zbigniew Ziobro, qui s'est enfui aux Etats-Unis, et son vice-ministre, Marcin Romanowski, soupçonné d'avoir trouvé refuge en Transnistrie, un territoire séparatiste russophone de l'est de Moldavie, où sont basées des forces russes.
'Guerre de succession'
Pour Malgorzata Moleda-Zdziech, politologue à l'Ecole centrale de commerce SGH à Varsovie, le scandale risque d'atteindre jusqu'au chef du PiS, Jaroslaw Kaczynski.
À un peu plus d'un an des prochaines législatives, "une guerre de succession" pourrait s'ouvrir et ce alors même que le parti, divisé sur la stratégie à adopter face à la montée des extrêmes droites, vient de voir partir une quarantaine de députés, tenants, eux, d'une ligne modérée, a-t-elle expliqué à l'AFP.
En rupture pendant ses législatures avec Bruxelles qui l'accusait de piétiner l'Etat de droit, le PiS s'estime lui victime de règlements de compte politiques et d'une vendetta judiciaire.
Le parquet enquête aussi sur les liens de Zondacrypto avec la chaîne de télévision nationaliste Republika et avec les organisateurs de la conférence des milieux conservateurs américains CPAC (Conservative Political Action Conference) qui s'est tenue en mai 2025 en Pologne, juste avant le second tour de l'élection présidentielle remportée par Karol Nawrocki, favori de Donald Trump.
"Nous savons maintenant pourquoi Karol Nawrocki et le PiS ont obstinément bloqué le projet de loi sur les cryptomonnaies", a récemment attaqué Donald Tusk sur X.
Un nouveau vote au parlement sur les cryptomonnaies devrait se tenir prochainement. Pour le chef de cabinet de M. Nawrocki, le dossier Zondacrypto est monté en épingle par le gouvernement aux fins de "masquer ses propres errances".
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Pauline Armandet
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