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Ormuz : Trump face à une guerre d'usure qu'il ne maîtrise plus

📅 03/08/2026 à 00:00 🔗 www.abcbourse.com
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Un accord de juin déjà à l'agonie Les 6 et 7 juillet, le Corps des gardiens de la révolution islamique a frappé un navire commercial dans le détroit et déclaré le corridor fermé, ravivant un conflit que beaucoup croyaient en voie d'apaisement. Washington a répliqué par trois nuits de frappes sur plus de 300 cibles, avant de réimposer un blocus naval des ports iraniens. Le trafic pétrolier s'est effondré, à peine 11 navires ont traversé le détroit le 12 juillet contre 36 une semaine plus tôt, et le Brent a bondi d'environ 20 % depuis le 6 juillet, à 87 dollars le baril. Cette nouvelle escalade fait voler en éclats le protocole d'accord signé à Evian le 17 juin entre Donald Trump et le président iranien Massoud Pezeshkian, censé organiser la réouverture du détroit. Le texte prévoyait que l'Iran déminerait le corridor et garantirait un passage sûr, mais son article 5, volontairement ambigu, laisse à Téhéran un droit de regard sur l'administration future du trafic en concertation avec Oman. Washington y voit un simple engagement de désarmement ; l'Iran, une reconnaissance de son rôle prépondérant. Cette double lecture a nourri l'escalade actuelle, l'Iran accusant les États-Unis d'avoir unilatéralement mis en place une route de contournement via les eaux omanaises, escortée par la marine américaine. Un éventail d'options militaires qui s'épuise Selon plusieurs experts cités par l'Associated Press et le Wall Street Journal, aucune des options dont dispose Trump n'apparaît décisive : les frappes punitives ponctuelles n'ont pas modifié le comportement iranien après plus de 300 cibles touchées en cinq nuits ; l'escalade vers les infrastructures critiques ou une occupation terrestre nécessiterait des dizaines de milliers de soldats, une option hors de portée politique à Washington ; le blocus naval, déjà réimposé, ramène la situation au bras de fer du printemps ; et le recours à une coalition internationale se heurte à l'absence de volontaires, ni l'Allemagne, ni le Japon, ni les monarchies du Golfe n'étant prêts à exposer des navires de guerre. Quatre horloges qui limitent l'endurance américaine Sur le plan militaro-industriel, la campagne de 39 jours menée avant le cessez-le-feu du printemps a déjà consommé, selon deux analyses du CSIS, au moins 45 % du stock de Precision Strike Missiles et jusqu'à 80 % des intercepteurs THAAD, dont la reconstitution prendra de un à quatre ans. Sur le plan budgétaire, la Maison Blanche a soumis au Congrès une demande de crédits supplémentaires de 87,6 milliards de dollars, qui se heurte à une opposition bipartisane inhabituelle. Sur le plan de l'opinion, les sondages font état d'une désapprobation moyenne de 58 % de la guerre, avec un avantage démocrate de 6 à 9 points pour les midterms de novembre, suffisant selon Brookings pour faire basculer la Chambre des représentants. Enfin, sur le plan économique domestique, l'inflation liée à la remontée des prix du pétrole reste un thème de campagne central. Une économie iranienne déjà à l'os Le rapport de force économique paraît toutefois nettement plus favorable à Washington. Un blocus naval coûterait à l'Iran environ 435 millions de dollars par jour, entre pertes d'exportations pétrolières et pétrochimiques et blocage des importations, alors que plus de 90 % du commerce extérieur iranien transite par le détroit et que les alternatives, les ports de Jask, Chabahar ou de la Caspienne, ne peuvent absorber que moins de 10 % de ce volume. La capacité de stockage pétrolier iranienne, d'environ 20 millions de barils disponibles, serait saturée en treize jours, forçant l'arrêt de puits matures qui provoquerait des dommages géologiques irréversibles, jusqu'à 500 000 barils par jour de capacité de production perdus à jamais selon certaines estimations. Le rial, déjà passé de 42 000 à plus de 1,8 million pour un dollar, pourrait entrer en hyperinflation terminale en l'absence de toute entrée de devises. Des risques d'escalade régionale Le conflit s'étend déjà au-delà d'Ormuz : les Houthis sont formellement entrés dans la guerre le 14 juillet, en représailles à une frappe attribuée à l'Arabie saoudite, menaçant à leur tour le détroit de Bab-el-Mandeb, route de contournement pour Riyad et Abou Dhabi. Une fermeture combinée des deux corridors pourrait avoir un effet sur les marchés énergétiques mondiaux comparable à celui d'Ormuz seul. Une guerre d'usure sans état final défini Pour plusieurs experts interrogés, dont Vali Nasr (Johns Hopkins) et Kenneth Pollack (Middle East Institute), le cœur du problème reste politique plutôt que militaire : l'administration Trump n'a jamais tranché entre forcer une reprise des négociations, restaurer sa dissuasion ou transformer durablement le régime iranien. Sans cap stratégique clair, ni les frappes, ni le blocus, ni la pression diplomatique sur Oman ne semblent en mesure de produire, à eux seuls, une réouverture durable du détroit aux conditions américaines, dans un conflit que plusieurs analystes qualifient désormais de guerre d'usure coercitive, où la victoire se mesure moins en territoire qu'en capacité d'endurance.