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Faute d'avoir obtenu l'agrément européen Mica à temps, les services de Binance ont cessé dans plusieurs pays européens dont la France, où Binance servait 2 millions de clients.
Depuis ce mercredi 1er juillet, la plus grosse bourse mondiale n'est plus autorisée à servir plusieurs pays européens, dont la France, faute d'avoir obtenu l'agrément européen Mica (pour "Markets in crypto assets"). Quelques jours avant cette date butoir,
Binance a envoyé un email à ses clients donnant une marche à suivre.
Assurant que leurs fonds restaient "en sécurité", Binance a néanmoins invité ses utilisateurs à transférer leurs cryptos vers un acteur régulé Mica ou vers un portefeuille crypto froid. Depuis mercredi, ses services sont limités au retrait des fonds des utilisateurs. Ses clients ne peuvent plus faire de trading, alors que la plateforme avait fondé sa réputation sur ce type d'opération, notamment avec le recours aux effets de levier.
Pour rappel, les sociétés cryptos avaient jusqu'au 1er juillet pour obtenir l'agrément européen Mica. Or,
sur les quelques 5.000 entreprises cryptos qui servaient jusqu'à présent les clients européens, seulement 240 ont toujours le droit d'exercer leur activité
. En France, seulement 24 entreprises ont réussi à décrocher le sésame européen.
Même si Binance assure chercher Mica ailleurs en Europe, son accès limité redistribue les cartes.
"On voit des clients qui quittent Binance pour créer des comptes chez Coinhouse pour continuer leur activité de trading. Tout cela doit profiter au marché européen, avec des plateformes offrant les meilleures protections aux clients européens", explique Yoann Briant, secrétaire général et directeur de la conformité et des risques de Coinhouse (une bourse crypto française agréée Mica, NDLR).
Chez les "Binanciens" et "Binanciennes", l'ambiance n'est plus au rendez-vous. "Comme je travaille dans l'écosystème, je suivais la date butoir et je voyais bien que Binance n'arrivait pas à décrocher son agrément Mica. On s'attendait donc plus ou moins à une annonce. Je pensais quand même, à titre personnel, qu'ils finiraient par trouver une solution de dernière minute… mais ça n'a pas été le cas", explique Carlita Crypto qui avait ouvert un compte chez Binance en 2021.
"J'aurais pu laisser mes fonds sur Binance en attendant qu'ils obtiennent l'agrément, mais le souci, c'est qu'à partir de maintenant on ne peut plus vraiment y toucher: seul le retrait reste disponible. Or je veux pouvoir garder la main sur mes cryptos et les échanger rapidement si besoin. Du coup, je les ai déjà transférées ailleurs", précise-t-elle.
"J'ai rapatrié mes cryptos sans attendre la dernière minute"
Même son de cloche du côté de Julien en charge du site CryptoBoost.
"J'ai rapatrié mes cryptos le week-end dernier, sans attendre la dernière minute. Quand une plateforme perd son agrément dans ta juridiction, tu ne laisses pas tes fonds attendre en espérant qu’elle revienne. Tu agis avant", indique-t-il.
Celui qui avait ouvert un compte Binance en 2017 a décidé de transférer ses fonds vers un "gros" acteur américain régulé Mica, ce qu'il estime "plus sain" dans le contexte actuel.
"Et pour tout ce que je veux garder sur le long terme, le réflexe reste le wallet perso, en self-custody. C’est le vrai enseignement de tous les cycles: not your keys, not your coins", précise-t-il.
Cependant, le géant des cryptos ne guide pas vraiment ses utilisateurs pour transférer leurs fonds ailleurs, regrette ce dernier. "Techniquement c’est simple quand on a l’habitude, mais pour quelqu’un qui débute, faire un retrait crypto vers un wallet ou une autre plateforme, ça peut vite être intimidant", poursuit-t-il. Nous avons réalisé un guide pratique
pour déplacer vos fonds d'une plateforme crypto type Binance sur un portefeuille crypto que vous pouvez consulter par ici.
"Tu te débrouilles seul"
"On te dit que tu pourras récupérer tes fonds donc tu te débrouilles seul pour le faire. C’est justement ça le problème pour le grand public: celui qui n’est pas à l’aise techniquement se retrouve un peu livré à lui-même face à une échéance", regrette-t-il.
Si Carlita, Julien et d'autres ont pris le large, d'autres croient encore en Binance, s'estimant "rassurés" par la communication actuelle de Binance. Lorsqu'on observe les mouvements sur la blockchain, les flux de retraits de Binance restent "relativement modérés", estime le média Cryptoast. Sur un mois, on observe 1,6 milliard de dollars de flux sortants...une goutte d'eau par rapport aux 114 milliards de dollars de cryptos encore gérées par la plateforme.
"Binance a martelé que la situation était temporaire et que la plateforme avait l'intention de revenir rapidement avec une licence Mica en poche", explique Cryptoast.
Ces clients espèrent que la bourse crypto finira par obtenir un jour l'agrément Mica et donc par réouvrir. Mais c'est accepter de ne plus faire de trading et donc de laisser dormir ses cryptos sur une plateforme centralisée...au risque qu'elle fasse un jour faillite. Pour rappel, en 2022, la deuxième plus grosse bourse crypto mondiale, FTX, a fait faillite en quelques temps.
"On est sur deux situations différentes", tempère Yoann Briant de Coinhouse. FTX a été un séisme "du fait d’erreurs de gestion, d’un manque de transparence, d’un mélange des genres, et de pratiques frauduleuses. La situation actuelle autour de Binance est foncièrement différente. Les retraits aujourd’hui sont massifs, mais encore sont limités. On est loin d’un exode en masse, mais on n’a pas encore eu de vraie fuite des clients de la plateforme Binance pour l’instant", conclut-il.