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Marché: Ce "Trump put" que les investisseurs attendent (à tort?) pour que le conflit en Iran cesse et que les Bourses remontent
vendredi 13 mars 2026 Ă 111155
(BFM Bourse) - Les indices américains et dans une moindre mesure européens résistent relativement bien au choc créé par le conflit au Moyen-Orient. Les investisseurs misent sur une résolution rapide de cette guerre, persuadés que Donald Trump mettra assez vite fin aux hostilités. Mais entre résiliences et complaisance, la frontiÚre s'avÚre ténue.
L'Ă©clatement du conflit en Iran a provoquĂ© une onde de choc pour les investisseurs. La guerre menĂ©e par les Ătats-Unis et lsraĂ«l contre le pays du Golfe persique, et les ripostes de TĂ©hĂ©ran dans la rĂ©gion ont dĂ©clenchĂ© une envolĂ©e des cours de l'or noir.
Cette semaine, le baril deBrenta tutoyé les 120 dollars avant de refluer et de retomber autour des 100 dollars. Avant le début de l'offensive américano-israélienne, le prix du baril ne dépassait pas 73 dollars.
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Le trafic dans le dĂ©troit d'Ormuz, par lequel transite l'Ă©quivalent de 20% de la consommation mondiale quotidienne de pĂ©trole et de gaz est actuellement Ă l'arrĂȘt. Plusieurs pays de la rĂ©gion (Irak, KoweĂŻt, Qatar) ont Ă©tĂ© contraints de rĂ©duire leur production d'hydrocarbures.
Le marché commence à craindre un scénario de "stagflation", dans lequel les économies développées feraient face à une inflation galopante couplée à un ralentissement de la croissance. Or, "face à un choc stagflationniste il y a en général peu de protection",prévenait, la semaine derniÚre, Vincent Juvyns, responsable de l'investissement chez ING Belgium.
Pourtant, les actions ne décrochent pas tant que cela. La baisse observée sur les différentes places s'avÚre relativement mesurée.
Mercredi, Barclays remarquait que les marchés actions n'étaient pas "trop préoccupés" par les risques de stagflation et évaluaient la probabilité d'un choc pétrolier à seulement 25%, taux qui n'est monté à son pic qu'à 28%. Deutsche Bank pour sa part notait que les investisseurs ne croyaient pas à un conflit long. Preuve en est: la structure des contrats à terme sur les cours du pétrole. Si le contrat à l'échéance la plus immédiate (celle de mai) sur leBrents'échange autour de 100 dollars, celui à un an (mars 2027) tombe à 77,67 dollars le baril.
Dans une note publiée cette fois ce vendredi, Barclays remarque que les marchés actions mondiaux n'affichent un retrait que de 4% par rapport à leurs plus récents sommets.
"Nos récentes conversations avec nos clients reflÚtent cette tendance, la plupart des investisseurs adoptant une attitude attentiste avec quelques achats de couverture à la baisse plutÎt que de capituler", écrit la banque. Barclays en déduit ainsi que la confiance du marché reste résiliente.
La banque britannique écrit que les investisseurs attendent le "Trump put". Cette expression renvoie au "put", un produit dérivé permettant de couvrir les risques sur une position acheteuse.
L'idée est que si les marchés actions souffrent trop, le président américain - connu pour commenter bruyamment les évolutions de Wall Street - fera le nécessaire pour calmer le jeu. Il s'agit en quelque sorte du pendant boursier du fameux "TACO" ("Trump always chickens out" ou "Trump finit toujours par se dégonfler").
Cet acronyme renvoie au fait que Donald Trump, derriÚre les menaces et les invectives, consent in fine à une solution négociée, sous la pression des marchés.
Le "Trump put" est par ailleurs dérivé d'autres expressions de ce type qui s'appliquaient plutÎt aux banques centrales et aux banquiers centraux, comme le "Powell Put" (référence à Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale américaine), le "Fed Put" ou le "Draghi Put" (du nom de Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne qui comprenait trÚs bien les marchés financiers).
Ce "Trump put" constitue l'un des deux facteurs de résilience des marchés actions américains. Alexandre Baradez, chef de l'analyse de marché chez IG Markets, remarque que le S&P 500 ne recule que de 4,7% par rapport à son dernier plus haut. En comparaison, la chute est de 8% pour leCAC 40et de 8% également pour le DAX 40.
Wall Street rĂ©siste mieux que l'Europe car cette derniĂšre est davantage exposĂ©e Ă un choc pĂ©trolier en raison de sa forte dĂ©pendance Ă©nergĂ©tique. A contrario, les Ătats-Unis demeurent le premier pays producteur d'or noir au monde (22 millions de barils par jour) et sont davantage Ă mĂȘme de rĂ©sister aux rĂ©percussions de l'envolĂ©e des cours du baril. Le pays est devenu exportateur net de pĂ©trole en 2020.
L'autre appui des marchés américains demeure l'espoir que Donald Trump ne veut pas d'une guerre longue. "Le marché est persuadé qu'il y aura ce fameux 'Trump put', qu'il va arrondir les angles", explique Alexandre Baradez.
Le prĂ©sident amĂ©ricaina semblĂ© aller dans ce sens en dĂ©but de semainelorsqu'il a dĂ©clarĂ© que la guerre Ă©tait pratiquement terminĂ©e et que les Ătats-Unis avaient pris de l'avance sur leurs objectifs. Ces propos de Donald Trump ont permis une dĂ©tente assez temporaire des prix du pĂ©trole et un rebond des marchĂ©s actions.
Mais cette baisse de ton n'a pas durĂ©. Jeudi, le pensionnaire de la Maison Blanchea envoyĂ© un signal diffĂ©rent.Donald Trump a dĂ©clarĂ© que la hausse des cours du baril permettait aux Ătats-Unis de "gagner beaucoup d'argent" et que la prioritĂ© Ă©tait surtout de "stopper un empire du mal, l'Iran, d'avoir l'arme nuclĂ©aire".
"Cela laisse entendre que Donald Trump est prĂȘt Ă ce que la guerre se poursuive", explique Alexandre Baradez.
Attendre le "TACO" de Donald Trump, semble, plus largement, de plus en plus risquĂ© comme pari. "Si la fermeture du dĂ©troit d'Ormuz venait Ă se prolonger et que le prix du pĂ©trole dĂ©passait durablement les 100 dollars le baril, la confiance des marchĂ©s dans un 'Trump put' pourrait ĂȘtre de plus en plus mise Ă mal", Ă©crit Barclays.
Pour Stephen Innes, de Spi AM, la thĂšse du TACO "repose en grande partie sur la coopĂ©ration de lâautre partie". Mais "lâIran nâa guĂšre intĂ©rĂȘt Ă faire le genre de concession symbolique qui permettrait Ă Washington de crier victoire", prĂ©vient-il.
Alexandre Baradez considÚre que le marché peut quelque peu se voiler la face.
"La frontiĂšre entre rĂ©silience et complaisance du marchĂ© amĂ©ricain est Ă©troite et cette conviction dans le Trump put pas forcĂ©ment solide", objecte-t-il. "Quand on voit l'infrastructure logistique militaire des Ătats-Unis dĂ©ployĂ©e et les consĂ©quences du blocage du dĂ©troit d'Ormuz", la baisse du S&P 500 apparaĂźt "trĂšs faible au vu des enjeux". "Certes, je pense que ce 'Trump put' peut intervenir mais je ne sais pas quand", ajoute-t-il.
Selon l'expert de marché , il ne serait pas impossible que Wall Street se rapproche d'une baisse de 10 ou 15% par rapport à ses derniers records touchés.
Les indices europĂ©ens ont eux davantage souffert et intĂšgrent plus de risque. Notamment parce que plusieurs membres de la Banque centrale europĂ©enne sont intervenus pour assurer que les erreurs de 2022 et 2023 ne seraient pas rĂ©pĂ©tĂ©s et que donc ils Ă©taient vigilants et prĂȘts Ă intervenir pour maĂźtriser l'inflation.
Ce alors que la hausse des prix généralisée ne s'est pas encore concrétisée et reste limitée aux considérations énergétiques. Alexandre Baradez n'exclut pas que la banque centrale a commis une "erreur de communication".
L'expert pense que les marchés actions européens peuvent encore baisser davantage pour perdre jusqu'à 20% par rapport à leur sommet. Ce tout simplement parce que les places européennes seraient influencées par un potentiel décrochage de Wall Street. "Pour moi cela constituerait alors une opportunité d'achat" sur les indices européens, explique-t-il.