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Qu'est-ce que le "debasement trade", ce pari contre la perte de valeur des grandes monnaies (comme le dollar), et pourquoi en parle-t-on autant?

📅 08/02/2026 à 00:00 🔗 www.tradingsat.com
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MarchĂ©: Qu'est-ce que le "debasement trade", ce pari contre la perte de valeur des grandes monnaies (comme le dollar), et pourquoi en parle-t-on autant? samedi 7 fĂ©vrier 2026 Ă  07h00 (BFM Bourse) - L'envolĂ©e des cours des mĂ©taux prĂ©cieux ont apparemment provoquĂ© un retour de cette forme d'investissement qui anticipe la perte de valeur des grandes devises, le dollar notamment. Mais est-ce que ce phĂ©nomĂšne n'est pas exagĂ©rĂ© pour autant ? La Bourse regorge d'expression parfois un peu sibyllines. Citons Ă  titre d'exemple le fameux"TACO trade", l'acronyme TACO renvoyant Ă  "Trump always chickens out", ou "Trump finit toujours par se dĂ©gonfler". En clair, il s'agit d'anticiper l'idĂ©e qu'Ă  la fin des fins, derriĂšre les violentes menaces du prĂ©sident des États-Unis, une solution nĂ©gociĂ©e finit toujours par Ă©merger. Ces derniers mois, une expression est revenue avec insistance: le "debasement trade". Ce terme renvoie Ă  des paris du marchĂ© autour de la perte de valeur des grandes monnaies. PlutĂŽt que d'investir dans des titres libellĂ©s dans ces devises, les opĂ©rateurs se concentrent sur des actifs "tangibles", comme les matiĂšres premiĂšres. "En d’autres termes, il s’agit d’une fuite vers les actifs rĂ©els - or, argent, matiĂšres premiĂšres, immobilier, voire cryptomonnaies (plus ces derniers jours) - Ă  mesure que les monnaies fiduciaires perdent leur pouvoir d’achat", expliquait en octobre John Plassard, conseiller en investissement chez CitĂ© Gestion, dans une note. "Lorsque les États financent leurs dĂ©ficits par la dette, et que les banques centrales soutiennent artificiellement les taux, la monnaie devient elle-mĂȘme une variable d’ajustement. C’est dans ces moments que les investisseurs cherchent des actifs 'non diluables', capables de conserver leur valeur intrinsĂšque", dĂ©veloppait-il. >>AccĂ©dez Ă  nos analyses graphiques exclusives, et entrez dans la confidence du Portefeuille Trading "Si l'on regarde dans l'Histoire, Ă  l'Ă©poque pour faire perdre de la valeur Ă  la monnaie, on diluait l'argent par du cuivre ou par d'autres mĂ©taux moins prĂ©cieux que l'argent", a de son cĂŽtĂ© expliquĂ© le 30 janvier dernier Maud Reinalter, directrice des investissements chez Belfius Asset Management, sur BFM Business. "Aujourd'hui cela traduit la crainte que la devise qu'on a en portefeuille perde de la valeur par rapport aux autres monnaies. C'est trĂšs important pour les investisseurs qui cherchent Ă  'hedger' ('couvrir', NDLR) ou protĂ©ger une partie de leurs portefeuilles", a-t-elle ajoutĂ©. Historiquement, ce phĂ©nomĂšne s'est dĂ©jĂ  produit Ă  plusieurs reprises, notamment dans les annĂ©es 70. En 1971, le prĂ©sident amĂ©ricain Nixon dĂ©crĂšte la fin de l'Ă©talon-or, c'est-Ă -dire la convertibilitĂ© du dollar en un certain montant d'or. Les accords de Kingston en 1976 entĂ©rinent ensuite la fin de l'Ă©talon-or au niveau mondial. "L'abandon de l’étalon-or a entraĂźnĂ© une ruĂ©e vers les mĂ©taux prĂ©cieux, alors perçus comme les seuls garants d’une valeur stable", rappelle John Plassard. Le spĂ©cialiste de marchĂ© souligne que d'autres Ă©pisodes de la sorte sont survenus en 2008 puis 2020, Ă  chaque fois lorsque les politiques monĂ©taires et budgĂ©taires ont Ă©tĂ© ultra-accommodantes, entraĂźnant une importante crĂ©ation monĂ©taire. Cette expression est revenue Ă  la mode depuis environ cinq-six mois. La forte hausse de l'argent et de l'or, qui ont pris respectivement 148% et 65% en 2025, ainsi que 19% et 13% en janvier, a Ă©tĂ© interprĂ©tĂ©e par plusieurs experts de marchĂ© comme un signal montrant un "debasement trade" autour du dollar et des actifs libellĂ©s en dollars. Le yen Ă©galement concernĂ© Cette lecture est notamment celle de Swissquote, qui y voit "le retour en force du 'debasement trade'". "Les États financent leurs dĂ©penses par la dette, que les banques centrales finissent indirectement par absorber. RĂ©sultat : l’offre monĂ©taire augmente, le pouvoir d’achat se dilue, et la confiance s’effrite", Ă©crit l'intermĂ©diaire financier. En octobre, John Plassard soulignait que la dette publique amĂ©ricaine atteignait "des sommets historiques tandis que les dĂ©ficits europĂ©ens s'enlisent". Du cĂŽtĂ© des banques centrales, si leurs discours s'avĂšrent restrictifs, dans les faits les taux d'intĂ©rĂȘts rĂ©els "peinent Ă  redevenir positifs", Ă©crivait John Plassard. "Les investisseurs, conscients de cette contradiction, cherchent Ă  se prĂ©munir contre une lente dĂ©valuation systĂ©mique avec une inflation toujours prĂ©sente (avec des taux d’intĂ©rĂȘt rĂ©els qui peinent Ă  redevenir positifs)", soulignait le conseiller en investissement. "La ruĂ©e simultanĂ©e vers l'or, les actions et mĂȘme les cryptomonnaies peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e dans le contexte du 'debasement trade'. Les investisseurs craignent que les emprunts massifs et les dĂ©ficits importants des grands gouvernements finissent par Ă©roder la valeur de la monnaie fiduciaire", expliquait pour sa part Allianz en octobre. "PlutĂŽt que de dĂ©tenir des liquiditĂ©s ou des obligations Ă  faible rendement, qui pourraient ĂȘtre dĂ©valorisĂ©es par l'inflation, ils investissent dans des actifs dont l'offre est limitĂ©e, tels que les mĂ©taux prĂ©cieux, les actions et lebitcoin", poursuivait l'assureur. Barclays de son cĂŽtĂ© remarquait fin janvier que le "debasement trade" avait "frappĂ©" le dollar et les obligations japonaises,dont les rendements se sont rĂ©cemment envolĂ©s,avec notamment le plan de relance budgĂ©taire massif de la PremiĂšre ministre japonaise, Sanae Takaichi. Si ce "debasement trade" semble donc palpable, est-ce que pour autant il traduit une vĂ©ritable perte de confiance dans les devises ? Et est-ce que son importance n'apparaĂźt pas exagĂ©rĂ©e? Si certains analystes voient, donc, trĂšs clairement l'existence de ce phĂ©nomĂšne de marchĂ©, d'autres font preuve d'un peu plus de prudence. En octobre, Deutsche Bank jugeait que le marchĂ© prĂ©sentait "peu de preuves" d'un "debasement trade", phĂ©nomĂšne qu'elle qualifie de "narratif", c'est-Ă -dire une histoire que tente de se raconter le marchĂ©. Selon l'Ă©tablissement allemand, un "debasement trade" devrait se traduire par une pentification importante de la courbe des taux obligataires amĂ©ricains. Autrement dit, l'Ă©cart entre le rendement des taux courts et longs (par exemple le titre de dette Ă  deux ans avec celui Ă  10 ans) devrait se creuser "substantiellement" pour traduire la perte de confiance sur le long terme de la devise. Cela n'est pas vraiment le cas. Depuis dĂ©but 2025, l'Ă©cart s'est effectivement creusĂ© entre le taux de l'obligation amĂ©ricaine Ă  deux ans et celui Ă  30 ans (il a mĂȘme plus que doublĂ©). Mais cet Ă©cart Ă©tait beaucoup plus prononcĂ© lors des annĂ©es 2010. Par ailleurs, le rendement du titre de rĂ©fĂ©rence du marchĂ©, l'obligation Ă  10 ans, reste en baisse sur un an, ce qui rend difficile l'interprĂ©tation d'une dĂ©gradation accrue de la confiance dans le dollar. "Un rĂ©cit convaincant plutĂŽt que des faits confirmĂ©s" Plus rĂ©cemment, Deutsche Bank a Ă©crit lundi que la nomination de Kevin Warsh Ă  la tĂȘte de la RĂ©serve fĂ©dĂ©rale amĂ©ricaine (Fed) a quelque peu malmenĂ© "le narratif prĂ©valent autour du debasement trade". Le banquier central est perçu comme "un faucon" monĂ©taire, c'est-Ă -dire un dirigeant qui serait bien moins enclin Ă  faire tourner la planche Ă  billet pour soutenir l'Ă©conomie. Ce qui expliquerait que l'annonce de sa nomination a provoquĂ© une violente chute de l'or et de l'argent, la thĂšse de la perte de valeur du billet vert Ă©tant fragilisĂ©e. Mais Deutsche Bank ajoute que "les actions sur les prix (de ces matiĂšres premiĂšres) se sont depuis longtemps dĂ©tachĂ©es de toute discussion sensĂ©e sur le 'debasement'". Citi va mĂȘme plus loin. "Ce 'trade' repose sur un rĂ©cit convaincant plutĂŽt que sur des faits confirmĂ©s",jugeait l'Ă©tablissement amĂ©ricain en octobre. La banque avançait qu'en dehors de l'or, les Ă©volutions des autres actifs ne permettaient pas d'accrĂ©diter la thĂšse d'un "debasement trade". Les actions Ă©voluent au grĂ© de la confiance autour des perspectives de l'intelligence artificielle tandis que lebitcoinest bien plus corrĂ©lĂ© aux actions qu'Ă  l'or, soulignait-elle. Comme Deutsche Bank, Citi ne constatait pas une pentification de la courbe des taux suffisamment importante et remarquait que les anticipations d'inflation (et donc par ricochet de perte de valeur du dollar) restaient "modĂ©rĂ©es". MĂȘme pour l'or, faut-il voir dans l'envolĂ©e des cours du mĂ©tal prĂ©cieux, une dĂ©fiance chronique et structurelle de la devise amĂ©ricaine? Dans une rĂ©cente note, UBS estimait que 68% de la hausse du mĂ©tal prĂ©cieux depuis janvier 2025 Ă©tait due aux changements de politiques amĂ©ricaines, comme les droits de douane, les menaces de Donald Trump Ă  l'encontre de l'indĂ©pendance de la Fed ou encore le risque d'annexion du Groenland. L'or aurait donc surtout Ă©tĂ© portĂ© par son statut de valeur refuge face Ă  un sentiment d'aversion au risque, plus que comme un moyen d'Ă©chapper Ă  une inĂ©luctable Ă©rosion de la valeur du billet vert.